26.12.10

O preço dos nossos «gadgets»»

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Foxconn, uma fábrica da China de onde sai um grande número de iPhones, foi notícia há alguns meses pelas piores razões: o número de operários que se suicidaram num curto espaço de tempo. Vale a pena ver este vídeo e ler o artigo que se segue (transcrito na íntegra por ser de acesso restrito).


A ler:

Foxconn, l’envers du High-tech

Jordan Pouille - publié le 23/12/2010

Les portables fabriqués par Foxconn seront nombreux au pied du sapin. Mais la notice restera muette sur les conditions de travail…

La journée commence toujours très tôt à Longhua, cette ville à une demi-heure de Shenzhen, une métropole industrielle du sud de la Chine. D’un pas alerte, des dizaines de milliers d’ouvriers quittent leurs dortoirs, simultanément. Il n’est pas 7 heures. Ils affluent en silence, un bol de nouilles au bœuf à la main, vers la porte nord de l’usine, ce gigantesque bunker gris de 3 km 2 tapissé de filets antisuicides, censés dissuader les travailleurs de se défenestrer. Mais, rien n’y fait. Le 4 novembre, un autre ouvrier s’est jeté du haut de son dortoir.

En 2010, 14 ouvriers travaillant chez ce géant chinois de l’électronique se sont suicidés. À tel point qu’un rapport de 83 pages, réalisé par des chercheursde 20 universités de Chine, de Taïwan et de Hongkong, a dénoncé les conditions de travail « inhumaines » de ses 920 000 employés, dont 300 000 à Longhua. Le rapport, faisant état d’insultes et de coups des contremaîtres, d’horaires démentiels (jusqu’à 80 et 100 heures par semaine !) et de dortoirs entassés, osait même une comparaison « avec les camps de concentration ». Mise sous le feu des projecteurs, la direction de l’usine a annoncé toute une série de mesures (fin des brimades, ouverture de centre de consultation, paiement des heures supplémentaires), dont une hausse des salaires de 67 % à partir du 1er octobre. L’occasion de voir si ces promesses ont été tenues sur le terrain. Sur le chemin de ce plus grand atelier du monde, nous faisons la connaissance de Ting Liao. Elle a 17 ans, vit dans une chambre de dix lits, au 12e étage du dortoir A8 et travaille dans l’atelier N2. Elle porte la veste Foxconn rose et gris, les couleursde la ligne d’assemblage d’Apple, où on l’a affectée il y a deux ans. Tout en marchant, la jeune fille nous confirme que sa paie a été fortement aug¬mentée début novembre, confor¬mément aux promesses estivales de Terry Gou, le PDG milliardaire : « En comptant les heures supplémentaires, je gagne 3 200 yuans (352 €), contre 1 400 yuans (154 €) en juin.»


Une telle hausse, unique dans la région, n’est pas sans contrepartie. Après trois mois de tests, des ingénieurs taïwanais ont réussi à augmenter sa productivité de 40 %. « Je m’assure que la peinture ne présente aucun défaut, soit 8 000 pommes par jour. » Par « pomme », entendez les téléphones d’Apple. Comme ses camarades, Ting Liao arrive avec une demi-heure d’avance, pour se mettre en condition. Interdiction de parler, de détourner le regard de sa machine et la rotation de poste n’est plus envisageable. « Mais nous ne travaillons plus debout et les chefs ne nous insultent plus, ils nous évitent même », admet la jeune fille. Bloqués aux barrières, nous quittons une Ting Liao affairée sur son téléphone portable qu’elle devra remettre à son chef d’atelier, avant de commencer son service. Elle croise des ouvriers silencieux, la tête penchée, le regard éteint. Eux ont travaillé toute la nuit et regagnent leurs dortoirs épuisés. En guise d’au revoir, des gardiens fouillent leurs sacs en sortant.

Près de l’entrée ouest, à 20 minutes de route et à deux pas du chantier d’une future caserne militaire, on inaugure le nouveau centre de recrutement de Foxconn. Le bâtiment gère les prochaines délocalisations du groupe dans les provinces où le coût salarial est moindre et les ONG de défense des travailleurs, inexistantes. Obéissant aux ordres crachés au mégaphone, deux files de 400 ouvriers se constituent derrière des panneaux « Zhengzhou », la capitale du Henan, ou « Chengdu », celle du Sichuan.

Bel avant-goût de la discipline militaire qui règne au sein de l’entreprise taïwanaise. « L’examen médical sera à votre charge, préparez 50 yuans immédiatement. Les ouvriers qui veulent travailler à Longhua reviendront un autre jour. » Chez Foxconn, les gardiens ont remplacé la police et n’hésitent pas à réclamer les papiers d’identité des curieux. Là encore, nous devons dégager.

En ville, les boutiques de vêtements branchés ont fleuri et tout semble avoir été imaginé pour que les ouvriers dépensent sur place leur nouveau pécule. Au centre d’une cour encerclée de dortoirs vert pistache, Nokia a même installé son podium. Devant un millier d’ouvriers émerveillés, un rappeur chante le pouvoir ensorcelant de son nouveau téléphone auprès de ses conquêtes féminines. « On vient de la campagne, c’est la première fois que je vois un spectacle pareil », explique ce couple d’ados originaire du Yunnan, cheveux colorés et tee-shirt fluo. Une fois par semaine, quand ils ne fabriquent pas les imprimantes HP, ils sont nombreux à arborer le look des jeunes mingongs (ouvriers migrants), tant moqué sur la Toile chinoise. Ils n’achèteront rien ce soir, mais ils ont fait la queue pour recevoir, dans un bel emballage, le catalogue de la marque…

D’après les nombreux témoignages que nous avons recueillis, cette nouvelle génération d’ouvriers migrants, souvent décrite comme insouciante, n’a pourtant pas dérogé à la règle de la piété filiale. Comme Tian Geng, 19 ans et originaire du Shaanxi : « Chaque mois, j’envoie 1 000 yuans (110 €) à la famille, mais cela ne m’empêche pas d’être coquette. Regardez mes boucles d’oreilles, elles m’ont coûté 6 yuans (66 centimes), ma coiffure, 20 yuans (2,20 €), mes chaussures, 30 yuans (3,30 €) et mon téléphone est une contrefaçon. » Ses voisines acquiescent. À Longhua, les centaines de distributeurs de billets servent plus à virer de l’argent sur le compte des parents qu’à effectuer des retraits en vue d’achats compulsifs. « Mais je m’autorise désormais quelques plaisirs, car il y a beaucoup plus de pression sur la chaîne. » Tian Geng nous emmène jusqu’à la grande place de Longhua, qui, en quelques mois, s’est métamorphosée en parc d’attractions. Les voiturettes électriques, les rollers à louer, les cours de danse et parties effrénées de chamboule-tout ont volé la vedette aux statues monumentales de dragons et de chevaux, symboles d’énergie et de vitalité en Chine. Contre quelques yuans, on se presse pour contempler les étoiles au télescope.

À Foxconn, des ouvriers ont trouvé une autre façon de se tourner vers le ciel. À l’étage d’un petit restaurant, l’entrée d’un dortoir donne, en réalité, sur une église protestante « clandestine », c’est-à-dire non enregistrée auprès des autorités chinoises. « Nous avons créé cette église, il y a un an, avec l’aide d’un prêtre taïwanais. Il fait la tournée des usines. En ce moment, il est basé à Dong Guan », confie Wan Di, ouvrière de 24 ans. Elle a pris sa relève sur Longhua. Sur ses consignes, une vingtaine d’ouvriers Foxconn répète une chorégraphie jusqu’à épuisement. Puis ils prient Dieu et se quittent en pleurs. « On lui offre notre journée de repos et il se montre reconnaissant. Sentez-vous sa présence ?», demande Wei Yong Mei, 18 ans. Dehors, le long des trottoirs défoncés, des publicités rappellent que de très jeunes femmes vendent leur corps pour 40 yuans (4,40 €). D’autres affiches, beaucoup plus nombreuses, exploitent l’ignorance des nouveaux arrivants. Se faisant passer pour des recruteurs Foxconn, leurs auteurs promettent un job immédiatement, « garanti sans heure sup et avec deux jours de repos par semaine » contre 500 yuans (55 €) de « frais de dossier ».

En quittant la ville usine, le chauffeur de taxi nous déclare : « La semaine dernière, j’ai pris un gamin qui voulait rejoindre l’aéroport de Shenzhen au plus vite. Son chef courait derrière ma voiture. Lui transpirait et balançait sa tête. Il pleurait, répétait que Foxconn était “noir” et les chefs, trop rusés… Ça m’a fait du bien de le libérer de cet enfer. »

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